Mon recrutement raté chez Ingeus Partie 2/4

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Sommaire des articles

Allez c’est parti.
Première idée de la concurrence, un gentil candidat ne trouve pas meilleure idée pour se faire remarquer que de faire des salamaleks devant la porte.

“Voulez vous passer madame, après vous je vous en prie”.

Rien de choquant la première fois, mais il recommence pour le second, puis le troisième. Et un petit bouchon se produit le temps que les politesses continuent.
But supposé de l’opération : montrer à tout le monde – responsables compris – combien le monsieur est serviable et se mettre en “évidence” à peu de frais.
Quand arrive mon tour, je l’empoigne sagement par les épaules et “l’invite” à enfin passer cette porte par un ” “après vous” courtois mais ferme – les avantages de mon mètre 90 et de mes 100 kilos sans doute.

“La politesse c’est très important quand même ” me lâche-t’il un brin contrarié et surpris.

” Tout à fait” lui répondis-je dans un grand sourire.

La vingtaine de personnes rentrera en moins de temps que les deux premiers une fois le bouchon sauté.
Je suis toujours en admiration devant les trésors d’imagination que déploient les candidats pour essayer de se mettre en évidence. Doit exister un livre de conseils qui sait !

13 candidats autour de la table, la présentation des responsables INGEUS peut commencer.

M. Jean-louis Tauzin, Président d’Ingeus France

Le responsable d’Ingeus – Workdirections – Angleterre

Le Directeur des Ressources Humaines France

La responsable développement Ingeus France

Une psychologue britannique

Une consultante/traductrice chargé d’assister la psychologue

De manière classique, la réunion commence par une présentation de
l’histoire de la société.
Ceux qui ont fait l’effort de regarder sur le Web n’apprendront rien de
neuf.
history Ingeus

Parcours atypique du fondateur à l’engagement social indéniable,
démarrant son activité en 1989 en aidant principalement les handicapés
et tous ceux qui se voient rejetés du monde du travail.
Présentation sommaire des autres structures d’Ingeus, simple mention en
fait.
www.workdirections.co.uk : le site à consulter pour bien
comprendre les services et la logique de l’expérience britannique
commencée en 2002 dans le cadre du programme de New Deal de Tony Blair.

En résumé, Ingeus a une capacité unique à travailler en relation étroite avec les gouvernements.
En Australie, en Angleterre et aujourd’hui en France.

Ce tour d’horizon effectué, les informations sur Ingeus France furent
assez limitées.
On peut comprendre en effet que l’intégralité d’un contrat commercial
entre l’ANPE, l’Assedic ne soit pas mis sur la table.
Je résume les informations qui nous ont été livrées à cette occasion :

Il nous est confirmé le nombre de personnes à reclasser – 6000 sur les
deux sites Rouen et Lille – 3000 par an, le contrat s’étalant sur deux années. soit
1500 par centre et par an.
Le nombre de 50 candidats confiés par conseiller à recruter nous donnerait
donc logiquement 30 conseillers en pleine activité, en léger décalage
avec les 20 recrutements par centre. Période de démarrage sans doute, le
chiffre de 1500 / an étant susceptible de monter progressivement en
charge.Ok.

Les demandeurs d’emploi ne seront pas sélectionnés par Ingeus. L’ANPE procèdera
elle même à une “sélection” de personnes intéressés mais selon des
critères non discriminatoires, et ne portant pas sur la facilité à les
reclasser et basé sur le volontariat des intéressés.
Une sorte de panel représentatif des chômeurs locaux.
C’est important quand on sait que la “sélection” des bons chômeurs est
un sujet à polémique.

Les chiffres exacts des sommes payées par l’Assedic en cas de
reclassement ne sont pas annoncés.

Pour la région du nord, il est confirmé que cette expérience ne
concernera que les zones de Lille Roubaix Tourcoing.
Pour info, le taux de chômage officiel dans l’agglomération lilloise est
de 21%.

Pour conclure cette présentation, M Tauzin nous invite à poser nos
questions, de manière rapide car le planning est serré.
Entretien collectif de trois heures + entretien individuel. Le
recrutement complet devant être terminé pour 17 heures au plus tard,
donc les délais sont serrés.
Pour clore cette première phase, mon ami qui se sentait une âme de
portier fait remarquer avec grand brio que ce qu’il vient de décrire
“c’est exactement le plan Borloo et que c’est vraiment exceptionnel
d’être autant en phase avec le gouvernement sur l’avenir des chômeurs”.

Question qui fut pas trop au goût de notre PDG, répondant simplement
qu’il n’avait jamais rencontré M. Borloo, ne le connaissait pas et que
l’activité d’Ingeus n’était en rien liée à un projet de loi
gouvernemental visant à privatiser l’ANPE, mais s’inscrivait dans une démarche normale de partenaire.
Il insista sur le fait qu’INGEUS partagerait les offres d’emplois qu’il récolterait avec l’ANPE et qu’il utiliserait les offres ANPE.

Enfin, M. Tauzin nous informe que la décision finale de recrutement
serait communiquée soit à la fin de la journée, soit dans les tous prochains jours.
Le lendemain qui sait.

Environ 9H30 , la table est divisée en deux parties.
les 7 premiers passeront l’entretien de groupe de trois heures le matin,
les 6 autres partiront en entretien individuel le matin.
Et inversement l’après-midi. Donc six entretiens à caser dans environ
trois heures, à§a ne laisse pas un temps très important.
Je sais donc a quoi m’en tenir pour l’après midi. Sept entretiens prévus
de 13H30 à 17H heures : pile poil la demi-heure.

Et nous arrivons maintenant au grand show Ingeus.
Alors que M. Tauzin, la responsable du développement et le responsable
britannique se concentrent sur les entretiens individuels, nous restons
dans la salle en compagnie du DRH, de la psychologue britannique et de
sa traductrice accompagnatrice.

Première surprise : on nous annonce que cet entretien serait mené en
anglais.
La maîtrise de la langue anglaise étant demandée sur l’annonce, rien de
bien surprenant.
Mais de là à mener quasiment tout le process en anglais…
Les raisons de ce choix ne tiennent pas selon moi à d’obscures
considérations : leur psychologue fraichement débarquée ne sait tout
simplement pas parler un mot de français et dès lors, si on souhaite
éviter que son accompagnatrice ne passe son temps à traduire le moindre
mot, la langue anglaise s’impose. Comme de toute façon on
nous annonce une nécessité de suivre une formation avec des conseillers
ne parlant qu’anglais, autant s’y faire.
Le drh tient à mettre tout le monde à l’aise, ce n’est pas dans le but
de parler un anglais excellent, on se débrouillera .
Il demande d’ailleurs si cela dérange quelqu’un.

Et oui ! un candidat objecte. Je relate son objection car elle me semble
bien révélatrice aussi d’un état d’esprit que je résumerai par le
syndrome “je sais tout mais je dirai rien” .

En clair, je suis toujours le meilleur même quand je ne sais rien.
Et de nous raconter que sa compréhension de l’anglais est tout
simplement excellente, que d’ailleurs sa femme est professeur d’anglais,
que son anglais est aussi parfait, qu’il le montrerait volontiers à une
autre occasion, MAIS que pour mieux exprimer la finesse de ses
positions, il interviendrait en Français.

La proposition est acceptée, la traductrice travaillera donc toute la
matinée à traduire les interventions de ce candidat.
Quand on verra les efforts faits par les autres candidats, ce jeu
m’agace légèrement et suffit à mes yeux à ne pas porter un regard
sympathique sur ce “concurrent”. Quand on sait pas, on sait pas, mais le
coup du “je suis bilingue mais je ne parle pas “, c’est typiquement le
genre d’attitude qui me met en forme.

La psychologue prend alors la parole et nous présente son exercice.
Il s’agit d’un exercice très courant chez Ingeus puisque cette personne
nous informe que les candidats tombent généralement en extase devant
lui, demandent même à revenir le lendemain pour en passer un autre.
Tellement ils se sont amusés et ont apprécié.

Elle nous demande de citer les cinq sens. Silence dans la salle. Ne
souhaitant jamais intervenir le premier, j’attends de voir le courageux
qui va prendre la parole et là¢cher un ” smell “. Rien ne venant et ne
voulant pas retomber dans le syndrome du portier qui veut qu’à ne pas
vouloir passer le premier personne ne passe, je lâche donc mon odorat
qui la réjouit profondément.
“ah !! ” dans la salle … c’était à§a !

L’atmosphère se détend un peu …et les cinq sens sont en route. A la
vue quand même du temps et des efforts pour trouver un “sight ” pour
vue, j’enlève les derniers doutes sur ma maîtrise de la langue anglaise
vs les autres candidats.

On se retrouve donc devant un paper-board où sont inscrits les mots

sight, hearing, touch, smell, taste

Et la première phrase tombe ” you see an elephant. Please describe “.
Avec décodeur : vous voyez un éléphant, svp décrivez.

J’abandonne la langue anglaise pour le reste du récit des interventions
des candidats et responsables mais toute les interventions se feront
dans cette langue, avec quelques passages mémorables sur le mime de la
trompe, le mot n’étant pas connu d’aucun d’entre nous. Le geste fut très
clair et palliera cette lacune de vocabulaire.

” pouvez répéter la question “
Je me suis demandé si c’était une plaisanterie, si on faisait référence
à mon poids sur la chaise…
Elle se contenta de répéter ” vous voyez un éléphant , décrivez le “
petite minute de silence gêné de tout le monde.

“Vous voyez un éléphant”

ok, quand faut y aller faut y aller.
Je me lançais donc avec délectation dans cet exercice. On devait
s’amuser comme des fous, qu’elle disait.
Et c’est vrai qu’elle ne pouvait pas mieux trouver comme animal pour moi .
Demandez à un adorateur de PHP s’il aime l’éléphant. PHP inconnu au bataillon.
Pas de discours sur le logiciel libre donc.

Je vois un éléphant chaque matin dans la glace quand je me rase.
Même les jours o๠je n’ai pas abusé de la vodka la veille.
Comme le dit un jour JF Kennedy à Berlin : ” ich bin ein Elephanter “

J’aime l’éléphant et je suis un éléphant. Un éléphant c’est la force, la
masse impressionnante.
Suffit de me regarder pour bien voir un air de ressemblance.
L’éléphant est le roi de la Jungle : on raconte que c’est le lion, pas
vrai !
Un lion à§a laisse sa femme bosser et à§a fait la sieste !
Pas un éléphant.
L’éléphant que je vois mène son troupeau, s’isole parfois et est doté
d’une mémoire qui fait sa réputation.
Mon éléphant à moi il n’est pas bleu, ( j’aime pas l’eau), pas rose (
j’ai arrête de fumer), mon éléphant il est blanc !
Il est un animal sacré, symbole de fertilité, le père de Bouddha….

Mon éléphant à moi c’est enfin Ganesha, ce Dieu que les commerçants se doivent
d’invoquer en inde avant de faire du commerce pour appeler un peu de pureté
sur les affaires ….

Par expérience, je sais que la question “c’est quoi la bonne réponse ? “
va traverser les esprits.Je livre en vrac les réponses.
Je ne pense quand même pas que la décision finale tienne uniquement à
cela, mais tant qu’à faire.

Pour la candidate finalement sélectionnée, l’éléphant est un animal gris qui pousse
des troncs d’arbre.
Avec un monsieur dessus qui le guide. Je lui fis remarquer que ce
monsieur s’appelle un cornac et un mini-débat s’engagea sur le fait de
vouloir utiliser “mon” éléphant comme bête de somme.

Luttons pour les conditions de travail des éléphants exploités !

La nature qu’on exploite, l’habitat naturel qu’on détruit sans vergogne.
Nicolas Hulot au secours, ils sont devenus fous !
Fut également cité l’éléphant animal de cirque et les derniers
participants ne purent que faire un mélange de tout ce qui avait été
dit.

Exercice à la con me direz-vous ?

Pas si sà»r. Premier enseignement sommaire : en 2005, vous mettez sept
personnes pas franchement idiotes, niveau d’éducation plutôt élevé,
“formées” à être Manager, et que sort-il de leur cerveau ? un monde
gris, ou la magie d’un animal mythique – à quoi à§a servait de se casser
les dents sur les versions latines d’Hannibal passant les Alpes ! – est
réduite à être cornaquée une chaîne au pied ou transformée en bête de
cirque dressée sur ses deux pattes, affublée d’une robe grotesque.

“Les forces vives de la nation” ont une drôle de vision de leur monde.
Allez transmettre l’espérance…

” Vous entendez une alarme “

Premier à intervenir sur l’éléphant, j’écoutais donc les réponses à
l’alarme en me préparant doucement.
D’entrée de jeu l’alarme de voiture fut le thème. Un fan de tuning sans
doute.

On touche à ma voiture, l’alarme se déclenche, je réagis. L’alarme est
une chose qui fait du bruit, beaucoup de bruit.
Puis arriva l’alarme de la maison avec les cambrioleurs.

La candidate retenue évoqua l’alarme incendie, elle venait de vivre cela
dans le cadre d’un programme de sécurité.
Bruit strident.

Quand à moi, le concept de l’alarme m’est assez familier.
D’abord, il ne sert souvent à rien. Des sirènes qui hurlent et personne
à l’horizon.
On brûle des autos devant tout le monde, des pavillons sont cambriolés
sans que personne ne bouge mais les alarmes réveillent tout le quartier sans même
qu’on sache d’où ça vienne.
L’alerte de Msn Messenger m’alertant de l’arrivée de nouveaux messages
est même coupée, ce petit bruit devenant lassant à la longue.

Mon alerte est d’un autre type. Je pouvais même dire d’un “troisième
type “.
A mes heures perdues, il se trouve que je suis ce qu’on appelle un
Trekkie.
La psychologue comprit tout de suite ce que cela signifiait, le terme
étant sans doute plus en phase avec la culture cinématographique
anglo-saxonne.

Un Trekkie, c’est un fan de la série Star Trek.

Dans chaque épisode, il va se passer une phase d’alerte : ” red alert
shields up “.
Les Capitaine Kirk, Picard ou Archer ont à leur actif des dizaines de
phase de ” red alert “.

Par un des hasards du calendrier, le dernier épisode de Star Trek
m’avait montré comment choisir les différents bruits d’une bonne
alarme . Le tout avec un de ces jeu de mots qui faisait du Lieutenant
Reed le père de “Reed alert”, repris plus classiquement sous le terme
de “red alert”.

Les bruits trop forts, trop stressants ont tous été refusés. L’alerte
doit nous éveiller, pas nous stresser.
Chacun doit prendre place à son poste de combat. L’alerte est brève.

L’alerte est une invitation à la mobilisation : “going where no one has
gone before”.

A faire face à l’inconnu avec détermination mais aussi avec envie.
L’adrénaline qu’elle nous procure est aussi un plaisir.
Petite remarque : le vaisseau mythique de Star Trek porte le nom
d'”Entreprise”

“Rapport”

Ce fut l’épisode le plus incompris des candidats.
En écrivant ce terme , je me demandais bien en effet quel ” rapport”
cela pouvait avoir avec le reste.
Fallait il faire un rapport de ce qui s’était dit ?
La salle fut plongée dans un doute et le silence s’installa.

Cette phase fut assez confuse, je me souviens avoir demandé d’expliquer
la question, ne la comprenant pas.
Par rapport, je comprenais ” rapport Camdessus “. Et le DRH d’expliquer
à notre psychologue les arcanes de la pensée administrative franà§aise
qui aime tant les ” rapports”. C’était pas à§a !

Je fis une intervention sur le concept de finalité qui m’empêchait de
donner une réponse précise à cette question.
Un rapport, est-ce à dire un contact ?
Avoir des rapports avec les autres, dans quelle finalité ?

Mes rapports avec mes voisins ne sont pas les mêmes qu’avec ma femme, pas les mêmes
qu’avec les collègues. Le lieu aussi : au bureau ou dans une boite de
nuit, le type de ” rapport ” est légèrement différent. Je suis dans
l’incapacité de répondre plus précisément.
On passa assez vite au sujet suivant.

“Vous sentez l’herbe coupée”

L’herbe coupée fut en revanche un franc succès.
Sentiment agréable pour la majorité. Chaleur, soleil, apéritif, week-end
entre amis.
Quasi unanimité sur ce point.
Quasi.

Je déteste l’herbe coupée. Bien sûr l’odeur est agréable, mais que de
problèmes pour en arriver là  !

L’herbe coupée, c’est d’abord le bruit des tondeuses à gazon. Et même si
comme chez moi les espaces verts sont entretenus par une société
d’insertion, le bruit n’en reste pas moins infernal.
Surtout sur le fond, cette volonté de transformer systématiquement le
moindre espace vert en green de golf, à “raser” le moindre brin d’herbe
qui dépasse, ce n’est pas si anodin que cela quand on parle ressources
humaines.

Demain j’aurais face à moi des gens qui sont quelques part des “mauvaises
herbes”, des gens dont la carrière a mal poussé à un moment o๠à un
autre. Je vais devoir les couper pour ne plus les voir ? Utiliser des
tonnes de pesticides ?
Je vous l’ai dit tout à l’heure, je suis un éléphant. Et l’herbe, je
veux qu’on la laisse à mes amis les moutons.
Enfin, discussion botanique sur les mérites comparés du jardin à la
Franà§aise et à l’Anglaise.

“Vous mangez un citron”

Le citron annonçait la fin des réjouissances.
Mon fruit préféré ! Le faisait-elle exprès ou quoi ?

Bizarrement il n’eut pas la cote. Peu de partisans acharnés du citron,
le goà»t étant un sentiment plutôt désagréable pour beaucoup de
personnes. Un peu sur les huà®tres, un zest par ci, un zest par là .
C’était tout.

Je ne le fais pas exprès, mais j’adore le citron. J’en mange, j’en bois.
Du frais, du concentré.
Mon estomac est en effet assez solide pour me permettre de boire le

Pulco pur et la sensation d’acidité suffit à faire mon bonheur. Se
shooter au citron est en effet assez peu commun. La vitamine C est une
fausse bonne excuse.

Ce qui est amusant avec un citron ce sont les pépins. En français, “un
pépin” dans la vie c’est une emmerde.C’est aussi une graine, qui porte en elle le devenir de l’espéce.
Quand on ouvre un citron , il y a souvent quelques pépins désagréables. Mais
la saveur est bien là . Quand il n’y en a pas ou plus, alors l’aseptie a pris le pas sur la nature..

La matinée se terminait et avec elle l’exercice.
La psychologue nous demanda ce que nous en pensions et comment nous
jugions les autres candidats.

Je laisserai la parole à mon candidat bilingue qui ne parle pas
l’anglais, comme quoi ne pas m’être sympathique n’empêche nullement la
justesse d’analyse. Il fit remarquer que certains ont eu du mal à
rentrer dans l’exercice alors que pour d’autres c’était visiblement plus
facile et qu’il comprenait assez mal l’utilisation possible de ce type
d’exercice, que le fait de le faire en anglais ne facilitait pas
l’expression. Mais qu’il n’était pas psychologue …

En ce qui me concerne, je pense qu’on peut apprendre bien plus de choses
sur une personne – si elle le veut bien – par ce type d’exercice que dans la
récitation stéréotypée du CV. Qu’en grattant un peu – et un bon psy doit
pouvoir facilement détecter les motivations et la manière d’être d’un
candidat – on en apprend bien plus qu’il n’y parait.
Et je me suis dit que si je n’étais pas pris, je ne voyais qu’une seule personne susceptible de l’être.
La suite me prouva que je partageais le jugement d’Ingéus.

Reste qu’en sortant et en prenant rendez-vous pour 13H30, je
quittais cet entretien persuadé qu’il ne serait en rien décisif. Que
l’heure de vérité – pardon la demi-heure – se serait pour tout à
l’heure.
Pour remercier à ma manière cette charmante psychologue, je me mettais
immédiatement en quête d’un cadeau.
Oh, pas pour soudoyer le décisionnaire.Non non. Mais en clin d’oeil de cette
matinée.
Je partais à la conquête d’un véritable citron français et le
quartier ne me laissa d’autres choix que d’entrer chez Fauchon et d’y
choisir le plus beau citron que j’ai vu de ma vie.

Une manière de lui dire avec humour que son exercice avait été un réel
plaisir et de lui témoigner de ma reconnaissance éternelle pour m’avoir
permis de vivre quelques minutes en Jumbo l’éléphant.

Superbe queue – toujours utile en cadeau pour une dame – avec cette petite
feuille verte qui fait toute sa beauté et sa fraîcheur. De taille
respectable. Cueilli la veille à Nice chez un producteur dont le nom
figurait sur l’étiquette. le citron était déjà beau.

Comme toujours dans les magasins de luxe ou les lubies des clients
passent pour monnaie courante quand vous arborez une cravate Hermès et
un pardessus en cachemire, j’exigeai avec politesse que mon citron soit
préparé comme un cadeau, posé sur une sorte de petit plateau, dans un
sachet maison du plus bel effet. Les trois vendeuses qui se sont
occupées de préparer mon achat l’ont fait avec professionnalisme,
gentillesse, devant se dire “On en voit décidément de toutes les
couleurs”.

A 2 euros 50 le citron, je me disais bien que l’ouverture d’un Lidl
place de la Madeleine serait une bonne idée et pour
équilibrer mes comptes je décidai de me passer de l’éclair au chocolat
de la “Maison du chocolat ” à 5 euros dont j’aurais bien fait mon repas.
Et j’emmerde les diététiciens ! On choisit le luxe qu’on peut s’offrir.

Partie Précédente

l’entretien individuel et la décision finale 

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