Presentez vous



Le 6 Octobre 2011 France 2 diffusera en seconde partie de soirée  » La gueule de l’emploi » ,qu’un magazine télé présente déjà ci-contre comme l’évènement de la quinzaine.

Comme tous ceux qui ont la chance de capter les chaines belges, j’ai eu la chance de le visionner sur la RTBF et de voir les commentaires qu’il a suscité dans la presse belge. Preuve que cet exercice est réussi, il soulève chez moi plus de questions que tout autre chose. Trois petits liens pour prendre la température : celui de laRtbf ,
l’article du Vif et celui de l’Avenir.

Au final, voici quelques expressions qui sont utilisées pour décrire un recrutement de commercial : le face à face impitoyable,face à face tendu qui donne froid dans le dos,une épreuve dont on ne sort pas indemne, les entretiens ressemblent à s’y méprendre aux interrogatoires de police, et l’examen d’un cursus à une étude de cas en psychiatrie, une jungle sans pitié dont aucun ne sortira indemne, des rats de laboratoire qui pédalent dans une roue diabolique, expérience de psycho sociale sadique …

Film, documentaire, docu-film ?

Je n’arrive pas à prendre ce film pour ce qu’il est présenté : un documentaire sur une cession de recrutement. Il m’est difficile de croire à un tournage en continu de ces deux journées de recrutement pour de multiples raisons : passons déjà sur l’accord nécessaire de tous les participants déboulant à une journée de recrutement pour être filmés au petit matin. On peut difficilement se plaindre d’une sorte de viol de l’intimité et donner son accord pour être filmé et diffusé sans qu’AUCUNE personne sur les dix n’éprouve la moindre réserve. Rien n’a été gardé au montage de l’acceuil de ces personnes et de ce consentement accordé. Or à l’évidence le recrutement n’a pu commencer sans que le cabinet n’informe de la présence de la caméra, et je doute fort que le ton de pitbull était de circonstance pour recueillir ces consentements.

Je pense que l’auteur a une très bonne connaissance des process de recrutement, qu’il a assisté à de nombreux entretiens et a au final « scénarisé » l’entretien d’embauche en s’appuyant sur des cas concrets rencontrés. Film, documentaire, docu-film ? J’ai rencontré les termes dans différents magazines, j’aimerais bien une réponse claire et sans ambiguïté sur ce sujet.

Gan Prevoyance

L’entreprise est clairement nommée, bien qu’au final assez peu mise en évidence : Gan Prévoyance.
Le film date de 2011, avec un tournage sans doute en 2010, ce qui veut dire après la fusion des différentes entités de Groupama. La page emploi de Gan Prevoyance redirige nomalement sur le site emploi actualisé du groupe : groupama-gan-recrute.com. La courte présentation de l’entreprise filmée parle d’un chiffre d’affaires de 17 milliards, chiffre qui correspond à l’ensemble de Groupama et je m’étonne donc qu’à aucun moment de cette présentation l’appartenance de Gan prévoyance n’ai été mise en avant. Un de ces petits détails qui me dérangent sur la réalité « vraie » de ces deux journées de recrutement. Je n’ai pas eu la présence d’esprit de noter les noms des personnes de Gan et de vérifier si elles appartiennent bien au groupe. Je serai plus vigilant pour les recontacter lors de la diffusion française.
Surtout, comment comprendre le silence total de l’entreprise quand elle se voit associer aux noms d’oiseaux (tribunal, impitoyable, sadique, diabolique) que je relevais plus haut ?
Piégée au final dans une aventure journalistique ? Difficile aussi à croire pour ce type d’entreprises.
Gan utiliserait donc un/des cabinets de recrutement en plus de son vivier direct qui convoquent des candidats sans leur parler de l’entreprise, du poste, au mieux en le valorisant de manière excessive, au pire en trichant sur sa nature. Pourquoi ?

Le process de recrutement

Entretien de groupe, tests, entretien individuel : le triptyque classique qui n’étonne personne, ou ne devrait étonner personne.
Ce qui me dérange dans tout cela : les candidats disent ne rien savoir ou presque du poste. Comment se retrouvent-ils là un beau matin ? Aucun n’a visiblement candidaté au Gan, et on ne sait pas non plus comment et pourquoi ce cabinet les invite. Ont-ils candidaté à un autre poste ? si tel est le cas, je ne comprends pas pourquoi on les convoque de nouveau vu leur relation au commercial mais j’y reviendrai.
Sur quels critères ce cabinet a-t-il réuni ces 10 personnes ?
On parle alors de poste de « cadre commercial ». Aucun encadrement n’étant en jeu, mensonge délibéré ou naïveté qui ferait prendre des vessies pour des lanternes ?

D’entrée de jeu, on annonce qu’aucune personne du jury n’a pris connaissance des CV. Et la réaction que cela suscite est assez révélatrice : on lit un peu partout la supériorité des méthodes de recrutement par simulation, la possibilité de laisser à chacun sa chance et bizarrement tout le monde se raccroche à son cv comme si ne pas le lire était un crime à leur encontre. D’autant plus étrange qu’aucun candidat n’avait à perdre à cet exercice, leur cv n’étant visiblement pas irréprochable, je veux dire parfaitement en phase avec le poste de commercial.

J’ai cherché aussi les tests et autres simulations « humiliantes » pour les candidats. Et franchement je n’ai rien trouvé de particulièrement dégradant à passer un test du genre Papi. La chose que chacun reconnaitra à l’évidence est le ton particulièrement désagréable du représentant du cabinet de recrutement. A trop en faire, les manières de pitbull de ce monsieur ne sont pas crédibles. Le sourire de la même personne à la fin du reportage ont confirmé mon sentiment d’un fouttage de gueule généralisé auquel lui même ne croyait pas. Être aussi désagréable est clairement une stratégie et tient du rôle de composition mal assumé.

Je me suis demandé comment j’aurais réagi devant ce genre de « méchant », de « faux méchant » caricatural.
J’ai pour habitude de me méfier autant sinon plus des sourires et gestes de sympathie que des gestes de dureté. Je me serai borné à laisser passer l’orage, à ne lui donner aucune prise en lui apportant sur un plateau de quoi me faire battre …

J’en arrive maintenant à la question de devoir vendre son voisin, si décriée dans la presse et jugée de prime abord comme complètement décalée. J’ai trouvé cet exercice particulièrement intéressant et tout aussi enrichissant qu’un autre. En l’occurrence, le voisin n’a ici aucune espèce d’importance. Il a permis de voir immédiatement qu’aucun des candidats présents ne maitrisait un minimum de techniques de ventes : présentations ternes, mettant en valeur des éléments qui n’ont pas lieu d’être (age, enfant, situation matrimoniale), un simple déroulé du triptyque Cab (Caractéristiques/avantages/bénéfices) vous aurait fait passer pour un cador de la vente. Pour certains, savoir présenter son voisin, c’est mettre un autre en avant et se desservir.

Les candidats

Ce que j’écris ne va pas faire plaisir et ne s’inscrit pas dans l’air de condamnation généralisée suscité par ce film : j’ai trouvé la quasi totalité des candidats très mauvais, ne maitrisant aucune technique de vente et ayant à la vente un rapport particulièrement distant.J’ai enseigné quelques temps en BTS action commerciale, et je n’ai aucun souvenir d’un groupe aussi peu enthousiaste, même sans expérience.

Passons d’abord sur l’histoire de la cravate. Ne pas porter une cravate suffit à vous éliminer dans ce film. Du moins c’est ce que retiendront les téléspectateurs. Le pauvre candidat rebelle à un symbole phallocratique se devrait de susciter l’empathie devant la pression normalisatrice du monde de l’entreprise. Je n’achète pas cette histoire. Le site de Gan Prévoyance est pourtant bien représentatif de ce problème de la cravate : dans la présentation des métiers faite sur le site, on utilise une thématique clip-art branchée, le manager d’équipe commerciale ne porte pas de cravate, pas plus que le commercial clientèle urbaine ni le chargé de développement des ressources humaines.(même clip-art que le commercial à propos)

Le tout donne une impression dynamique, jeune, branchée, loin de tout conservatisme. Dans le même temps, en parcourant les photos du site, je n’ai pas trouvé une seule personne de sexe masculin ne portant un costume cravate. Je veux bien croire que les banques d’images utilisées pour le site soient au final restreintes, mais ce double langage est bien réel.

Reste que rien n’est assumé par ces candidats, que respecter le client par une tenue correcte est une nécessité et que la cravate n’est qu’un révélateur parmi d’autres.

Sans être particulièrement perspicace, les trois candidats sélectionnés pour le second tour sont facilement identifiables. Deux au final se verront retenus, le dernier refusé en grande partie pour un mauvais positionnement vis à vis du poste.

J’ai reçu il y a quelques jours un très intéressante étude d’ UPTOO sur le recrutement de commerciaux et sur la place de la vente :

Le « job de rêve » est donc assez clairement identifié : évolutif vers le management, des formations pour y parvenir, de l’autonomie, des structures solides et sécurisantes, et un salaire le moins aléatoire possible.« Beaucoup de commerciaux se projettent dans des fonctions de management. Il n’est pas certain que tous aient les moyens de cette ambition, que l’on peut qualifier « de circonstance » pour beaucoup d’entre eux. La vente est peu valorisée en France, et le métier de commercial a des exigences opérationnelles souvent perçues comme ingrates, et que la plupart des commerciaux cherchent à éviter. Pour nombre d’entre eux, qui ont du mal à s’épanouir dans des fonctions commerciales trop basiques, la recherche de responsabilités de management fait partie de ces subterfuges. », affirme Didier Perraudin, Directeur Associé d’Uptoo.

Difficile de dire plus juste.

Le poste et le salaire

Au final, qu’est ce qu’un poste de commercial en assurance et combien est-il rémunéré ?
Je suis toujours méfiant sur les études de salaires tant je trouve qu’elles ne reflètent qu’une partie de la réalité, souvent enjolivée. Pour la bonne cause, je citerai juste l’enquête de mybeautifuljob.com : Ainsi, en 2010, la rémunération moyenne brute des commerciaux en France a atteint 52,6K€ (de 38,2K€ pour un débutant à 62,5K€ à 15 années d’expérience, en moyenne). Une rémunération qui demeure 50% plus élevée que la moyenne des salaires en France. Si les salaires 2010 sont restés quasi stables par rapport à 2009 en moyenne (-0,8%), des écarts importants sur révèlent quand on zoome sur certaines catégories.

Proposer un fixe à hauteur du smic serait donc devenu un crime contre l’humanité, un commercial en assurance serait une sorte de prolétaire des temps nouveaux. Je vous invite à faire la comparaison avec le monde de l’immobilier, en lisant par exemple ce tchat chez Century 21 très bien fait qui répond précisément aux questions de rémunération.

Franchement, le débat sur le niveau du fixe est vieux comme le monde. Mais l’insistance des candidats de ce film sur ce point rajoutée à leur semblant de connaissance de la vente ne plaide pas en leur faveur.
La rémunération d’un commercial n’est PAS le niveau de son fixe.

Pourquoi le poste fut-il présenté si tardivement ? Tellement bas et peu rémunéré que sa présentation aurait fait fuir tout le monde ? Cet argument ne tient pas la route. J’ai vu au contraire des professionnels qui ne connaissent pas suffisamment les métiers et ce qu’on peut leur offrir sur le marché.
Commercial un métier difficile ? Qui en doute ?

En conclusion, je remercie ce film pour avoir mis en avant la question du recrutement et être allé au cœur de l’entretien d’embauche. Je trouve trop d’imperfections tant du coté candidat que recruteurs avec de nombreuses scènes trop théâtrales. Il serait dommage de s’arrêter sur un rejet de l’entreprise et de la fonction commerciale parce que l’air du temps est ainsi fait. Tous ceux qui plaident pour un recrutement intelligent ne sauraient rester indifférents à ce film et à ces candidats.

Une petite vidéo sur le recrutement des commerciaux



13 Commentaires pour ce billet

  • Richard Heiville

    Qu’est-ce que cela change que le recruteur ne croit pas à son rôle de méchant? Vous croyez que pour les « candidats » cela change quelque chose psychologiquement?

    C’est même pire d’un certain côté. Des gens qui ne croient pas dans ce qu’ils font , se livrent sur commande à des actes d’une certaine cruauté.
    Effrayant !

  • J.D.

    Bonjour,
    vos commentaires sur le film sont intéressants mais bien infondés. Vous n’étayez votre propos d’aucun élément tangible pour prouver la dimension fictionnelle de ce récit.
    Je me permets d’intervenir car j’ai travaillé durant presque 1 an Pour Gan en tant que commercial mandataire.
    La présentation de l’entreprise est bien celle que j’ai eu mais a été tronquée puisqu’elle rappelait l’historique de Groupama en tant que maison mère.
    Aussi, commercial de métier, je me suis senti agressé, attaqué et jugé personnellement. Je vous rappelle que l’employeur n’a légalement aucun droit de poser des questions sur la sphère privé, le responsable du recrutement intervient d’ailleurs maladroitement à la fin de l’entretien de la demoiselle en disant « vous n’avez pas à répondre à cette question si vous le souhaitez », façon hypocrite de rappeler la loi tout en attendant une réponse.
    Bref, le poste que j’ai occupé n’avait pour seul but que d’exploiter mon réseau. Aucun soutient technique, aucune aide technique ou humaine, aucune personne ressource puisque le manager est seulement là pour encaisser un pourcentage sur votre production sans jamais vous appuyer. Vous avez besoin d’un crédit relais pour encaisser le new cash résultant d’une vente? démerdez vous! Vous avez besoin d’une défiscalisation boursière qui n’entre pas dans vos prérogatives? Démerdez vous! Un client casse son assurance vie au bout d’un an? Vous devez rembourser la majeure partie de la prime que vous aviez touché un an avant ce qui oblige à une trésorerie roulante sur 3ans!
    Bref, le film est conforme à ce que j’ai vécu. Une agression de « pré-formatage » (le verbe est d’ailleurs employé par la patronne) de plusieurs jours, suivi d’une formation d’un mois avec examen (pour avoir l’agrément) puis un job de merde payé au lance pierre (j’ai effectivement gagné 4000€ net les 2 premiers mois avant de me rendre compte de la vaste fumisterie…)
    Petite anecdote: mon personnage à sauver était Goldorak. Ayant son propre vaisseau spatial, ils étaient bien emmerdés avec leur question…

  • Snoopy

    Moi j’ai vécu cette journée de recrutement et je n’ai pas du tout ressenti ça !!! Je suis assez surprise des retombées et divers commentaires que je peux lire à ce sujet !!!
    Je ne me suis sentie ni agressée, ni humiliée ! J’ai connu des méthodes de recrutements bien pire ailleurs !!!
    Aujourd’hui, je suis salariée de Gan, et je gagne bien ma vie depuis des mois ! Et cela paie correctement…c’est la différence entre salarié et mandataire !
    Les questions personnelles, je suis d’accord, on ne devrait pas en avoir! Mais faut arrêter les hypocrisie, il n’y a pas qu’à gan qu’on en pose!!
    Quelque soit la compagnie, l’entreprise, j’ai toujours eu le droit à des questions comme ça!!
    C’est facile de jeter la pierre sur GAN !!!
    Pour finir, je ne connais pas bcp de boite qui ne souhaite pas formater leur employés…l’agrément est obligatoire donc normal qu’on le passe! C’est pareil pour les banques !!!!!

    j’ai juste l’impression que les gens découvrent le monde du recrutement, des assurances, et du commerce !!! Ca fait des années que c’est ainsi !!!!!!

    Enfin chacun son ressenti…

  • AudreyM

    A Snoopy : Je ne suis pas d’accord.
    Effectivement, il ne faut pas stigmatiser GAN ou le cabinet de recrutement mais uniquement parce qu’ils ne sont pas les seuls à utiliser de telles pratiques. Il serait donc vain et hypocrite de s’attaquer seulement à eux alors que les autres entreprises continuent tranquillement. J’espère cependant que le doc fera évoluer le processus de recrutement lui-même, afin que l’éthique, la déontologie et la dignité des candidats soient respectés.

    A Olivier Davoust : un flop ? Diffusé à 23h15, il ne risquait pas de réunir la France entière. Mais tapez « la gueule de l’emploi » sur google et admirez votre flop ! Articles dans la presse (et pas la petite : Le Monde, L’express), possibilité de le visionner sur pluzz.fr (comme je l’ai fait moi-même), messages indignés sur les forums, des centaines de commentaires… Un flop qui marche sacrément bien, non ?

    A l’auteur de l’article :

    1- C’est un vrai document. http://www.metrofrance.com/culture/docu-tele-les-coulisses-de-la-gueule-de-l-emploi/mkjf!pilhvFlcetpo/
    Voici le coulisse de sa réalisation, comment réalisateur a obtenu les accords de chacune des parties. Tout est donc réel, aucun scénario, pas d’acteur. Vos doutes sur la réalité montrent bien que, vous aussi, vous avez du mal à y croire. Effrayant n’est-ce pas ?

    2- La France est un des rares pays où on peut être cadre sans encadrer. Dans ce sens, il s’agit d’un statut. Inutile de s’entêter à croire que le document est faux. Tout est vrai. Le Monde, L’Express et Infrarouge (très bonne émission) ne soutiennent pas le mensonge et la tromperie. Aussi violent que soit ce processus de recrutement, tout est réel.

    3- Rien d’humiliant ? Se faire rabrouer comme un enfant, ce n’est pas humiliant ? Bon sang Monsieur, ce sont des adultes qui se présente à un entretien d’embauche, rien à voir avec des écoliers. Quand celui qui ne porte pas de cravate demande à son « collègue » (disons plutôt adversaire) s’il sait pour quel poste il est là et que celui qui mène le recrutement lui dit « le débat doit bénéficier à tout le monde, merci de respecter les gens qui sont ici pour travailler », vous ne trouvez pas ça humiliant ? Quand les candidats doivent faire la critique des prestations orales, ceux qui font une critique constructive sont rabroués. Il faut enfoncer celui qui n’a pas été convaincant ! S’il ne se sentait pas assez mal, il faut l’humilier encore un peu plus. Il faut se placer du côté du jury pour taper sur ceux qui ne sont pas en position de force. C’est cela le monde du travail ? Rire des autres avec les forts ? Se taire face à l’injustice ? Courber l’échine face aux réflexions en priant pour que ce soit vite le tour d’un autre afin de se moquer de lui ? Ce n’est pas le monde du travail ça, Monsieur. Non, c’est le monde de a souffrance au travail, la ruine de la solidarité, le règne de la soumission et de la peur. C’est rire des autres en sachant pertinemment que, quand ce sera notre tour, ils riront aussi et personne, non personne, ne s’élèvera contre ce système. Pourquoi ? Mais parce qu’il faut bien manger ! Le chômage, c’est déjà une situation en soi humiliante, où on se sent faible. On a besoin d’un travail ! Alors on se tait, on se soumet et on recommence, jusqu’à avoir un poste. Tant pis si on se sent lessivé, si on se sent mal, si on se sent hypocrite. Il y a 10% de chômage, les employeurs ont plus que le choix, ils en profitent. Ce sera celui qui tiendra le mieux le coup. Et pour le savoir, il faut les pousser à bout, voir qui se rebelle, qui craque, qui se soumet au jeu sadique, qui ose dire non.
    Hervé l’a dit, il a l’honnêteté et la liberté. Deux qualités très importantes qui ne valent plus grand chose aujourd’hui.

    Bref, j’avais prévu de continuer jusqu’au bout de votre article, mais j’ai déjà bien assez écrit. Ces méthodes sont le reflet de ce qu’il se passe une fois le travail obtenu. La souffrance au travail est une réalité et elle coûte cher : les cas de maladies professionnelles imputables à la souffrance au travail sont plus nombreux que les troubles musculo-squelettiques !

    Je refuse qu’on excuse ces pratiques au nom d’un recrutement efficace. J’ai passé plusieurs entretiens, je me suis le plus souvent sentie respectée et je ne crois pas que ce respect ait empêché mes recruteurs d’apprécier mes qualités. J’aimerais que les salariés victimes de ses pratiques puissent dire non. Mais peut-on encore refuser un travail aujourd’hui ?

  • Olivier Davoust

    bonjour audrey. Tout d’abord merci de ton long et sérieux commentaire.

    Plusieurs remarques :

    1) Lorsque je parle de « flop », je reprends les chiffres d’audience de chez morandini, j’ai posté le lien sur ozap qui détaille les pm et en effet 8% de part de marché ce n’est pas énorme. 4 fois plus de personnes ont choisi de regarder un épisode de Bones, cela en dit quand même un peu sur la question de l’emploi à la TV. 92% des personnes présentes devant leur téléviseur ont choisi de regarder autre chose : la première priorité des français, un documentaire inédit, « fort », et le résultat est franchement décevant.

    2) Je n’ai jamais indiqué que ce document était une fiction pure et simple. J’en ai parlé bien avant sa diffusion en France, et je n’ai pas eu le loisir d’interviewer son auteur pour qu’il me donne le détail de la réalisation. Le Monde donnait le 7 octobre une bonne partie des réponses sur ce point
    En revanche, je maintiens que ce type de recrutement sur deux jours est une hérésie et doit tenir des conditions de tournage.
    La seconde journée est limité aux trois interviews individuels, et donc il faudrait faire revenir tout le monde pour trois entretiens, candidats comme recruteurs ?
    les entretiens individuels se tiennent logiquement à la suite des entretiens de groupe et tout peut être bouclé plus rapidement. Nécessité du tournage ?
    Accord entre les parties ?

    La présence d’une caméra n’est pas un acte banal. Dire qu’elle disparait devant l’enjeu me semble léger. Je trouve les positions des uns et des autres beaucoup trop caricaturales pour être représentatives. On nous prie de croire que tout recrutement chez Gan serait de la sorte, et ailleurs aussi, qu’on ne rencontrerait que des gens déshumanisés torturant les candidats ? Franchement je n’y crois toujours pas. Tout cela me semble manquer cruellement de nuances, comme si se défouler à son tour sur des excès était devenu la norme.

    3) Je n’ai jamais écrit ou pensé que ce recrutement était mené dans les règles de l’art. Je n’ai aucune sympathie particulière pour ses méthodes. C’est clairement un exemple de ce qu’il ne faut pas faire. Cela fait déjà quelques années que je connais , ou essaye de connaitre ce monde du recrutement. Il m’a déjà valu plus d’une menace de gentils cabinets de recrutement, alors sincèrement je ne pense pas leur être particulièrement inféodé. Je trouve même assez « amusant » de voir un cabinet prônant aussi ouvertement le label diversité et tout le prêchi-prêcha qui va avec se comporter de cette manière avec des candidats. On n’est jamais à un paradoxe près.

    4) S’il ne saurait être question pour moi de légitimer des propos et des actes qui sont franchement désagréables vis à vis des candidats, où diable avait vous lu sous ma plume que le droit au respect était anecdotique ?

    Le seul bémol qui me différencie de tout ce buzz est justement ce concept d’ »humiliation. »
    J’ai vu des gens recruteurs pas du tout professionnels, désagréables à un point rare, mais quand je vois que l’exercice de devoir présenter son voisin serait impraticable car il rappelait le marché aux esclaves, j’ai le sentiment que c’est « un poil » exagéré.
    Se faire rabrouer serait « humiliant  » ? Avoir posé une question sur la situation familiale est sans aucun doute une erreur, une faute, mais pas franchement un acte sadique, où je ne connais plus le sens des mots et je ne sais pas quel qualificatif il faudra utiliser dans des cas bien plus sérieux de harcèlement au travail.

    Tout ce que vous écrivez sur la souffrance au travail ne m’est pas indifférent et je n’ai pas attendu la diffusion d’un documentaire, aussi intéressant soit-il, pour creuser ce sujet. Des employeurs abuseraient du rapport de force en leur faveur pour avoir des exigences démesurées ? Mon Dieu la nouvelle ! La peur du chômage serait la voie à la soumission généralisée ?
    Mas la responsabilité des candidats n’est jamais évoquée.

    Vous faire déplacer sans vous donner le minimum d’information sur le poste et l’entreprise me semble déjà être un manque de respect suffisant duquel rien de bon ne peut découler.
    A ma modeste place, je continuerai aussi longtemps que je le pourrai à essayer de donner une information différente sur le monde du recrutement. Si ce reportage doit au final servir à quelque chose, et j’ai pensé immédiatement qu’il le pouvait, c’est aussi à nous aider comme candidat à nous améliorer.

    Accepter n’importe quoi n’est JAMAIS une solution. Rester poli et courtois est une nécessité dans le monde professionnel, pas seulement professionnel à vrai dire. Je constate toutes les indignations des forums, et le fait qu’aucun candidat n’ait osé dire ses quatre vérités à ce recruteur. Pour cela certes il faut un minimum de courage, pas sur un forum ou sur un blog, et ce d’autant que trouver un emploi est difficile. S’indigner est très facile, « tous pourris » est dans l’air du temps, banque-assurance est devenu une insulte relayée par tout un populisme gauchiste toujours à l’affut pour cracher sa haine d’un système. Aller à un entretien de recrutement serait devenu une épreuve d’humiliation voulue par des gens sans moralité.

    Je crois au contraire que bien préparé, blindé psychologiquement contre toutes les propagandes d’où qu’elles viennent, conscient de sa valeur et sachant faire preuve de son professionnalisme, personne ne soit craindre « l’humiliation » d’un entretien de recrutement.

  • Olivier Davoust

    merci de ce commentaire très étayé de l’intérieur.

  • AudreyM

    Pour le recrutement sur 48h, ça ne me choque pas et je ne pense pas qu’il y ait eu d’arrangement : c’est le réalisateur qui s’est plié aux contraintes du recrutement. Les candidats sont revenus 15 jours plus tard pour commenter le recrutement.

    Par ailleurs, je ne dis pas que pour vous, « le droit au respect » est anecdotique. Par ailleurs, comme vous l’avez remarqué, je n’ai pas parlé de l’exercice consistant à vendre la candidature du voisin, tout simplement parce que je trouve que c’est un bon exercice (si si). Ce que je trouve inadmissible, ce sont les piques qui suivent les prestations des candidats et surtout l’attitude du jury. Rappelons quand même que ceux qui ne détruisent pas la prestation de leurs adversaires se font casser par le jury (« de toutes les façons, vous croyez que vous êtes là pour encenser les autres »). Bref, c’est bien d’être ambitieux, d’en vouloir, d’avoir l’oeil qui brille, mais cela doit-il forcément aller de paire avec la méchanceté, la critique gratuite, la moquerie et ce devant un public assez conséquent ?

    Sur la responsabilité des candidats, bien sûr qu’ils sont responsables, qu’ils acceptent. Mais que faire d’autres ? Si vous vous souvenez, un des candidats dit « ce serait drôle qu’on se lève tous et qu’on parte. Bien sûr, ça ne se fera pas. Mais ça serait drôle que tout le monde parte ». Les candidats acceptent car même s’ils refusent, est-ce que ça change ? Il y aura toujours quelqu’un qui a déjà raté trop d’opportunité, n’a plus d’argent mais un loyer, des enfants… Alors oui, tous coupables. Mais ceux qui ont un couteau sous la gorge moins que les autres.

    Quant à la critique des gens gauchistes anti-patron, ça ne tient pas la route. C’est normal d’être révolté face à un tel documentaire. Bien évidemment que c’est plus facile de parler sur un blog que de se plaindre en face de recruteurs ! N’oubliez pas que les deux qui sont partis au cours du recrutement ont dit que c’était à cause de la méthode employée. Par ailleurs, il est particulièrement difficile de s’opposer à ce type de pratiques. Pourquoi ? Parce que les recruteurs ne reconnaîtront jamais qu’ils ont tort.

    « Vous n’avez pas la carrure, c’est tout. Dans le monde du travail, c’est encore plus dur. » Voilà ce qu’ils auraient répondu. Alors il n’est pas question d’être lâche en s’indignant sur un blog ou d’être un gauchiste populiste. Le problème, c’est qu’il est dur de se rebeller contre cette violence psychique parce que la victime se voit répondre qu’elle est faible, trop fragile, pas adapté à ce métier. C’est limite si on ne lui rend pas service en lui ouvrant les yeux…

    Dernier point sur la préparation à l’entretien, c’est très simple d’être « préparé, blindé, conscient de sa valeur, sachant faire preuve de son professionnalisme ». En réalité, le candidat est un être humain avant tout. Postuler à un emploi ne sous-entend pas devoir faire face à des humiliations, les encaisser et sans moquer. On peut faire semblant, mais un jour ou l’autre ça explose => le burn out des cadres très performants qui partent du jour au lendemain en arrêt longue maladie. Formaté par ce type de recruteur, ils se plient totalement au système, apparaissent comme des salariés modèles puis… Boum.

    Bref, merci de votre réponse également, mais je continue de penser que le salarié doit être protégé car il n’est pas en mesure (surtout vu la conjoncture) de jouer à jeu égal avec un employeur.

  • MatthieuD

    Moi j’y trouve une très belle conclusion a ce documentaire, on s’aperçoit que le seul candidat actif chez gan est celui qui avoue qu’au fil des années, a force d’évoluer dans ce milieu, il avait perdu confiance en lui. Un comble pour un commercial devant faire preuve d’assurance.
    Alors libre au spectateur de voir qui a « gagné » qui a « perdu ». Je suis sans doute privilégié car je suis mon propre patron mais il me semble qu’il est primordiale de préserver sa santé mentale et je suis admiratif devant Didier qui est parti en premier. Il était en fin de droit de chômage, mais il a décide de partir, c’est une grande force aujourd’hui de pouvoir dire non. Le panel de candidats en terme de réaction et de personnalité était très bien. Et je pense que les gens se sont plus reconnus dans les candidats que les recruteurs.
    Les exercices et la méthodes me semblaient très intéressants, vendre l’autre, sketch, confrontation, entretien final. Mais dans ce format finalement assez optimale sur le papier, le facteur humain a déraillé. Cette ambiance qui capture un climat de société ou le candidats vend l’autre sans en avoir envie, ou on coule délibérément l’autre en sketch, ou l’hypocrite camaraderie laisse place a la solitude du compétiteur. De l’autre cote, les recruteur ne sont que des pantins abusant de leur position, il n’était pour moi pas plus compétent que leur candidat.
    je ne parle même pas d’être gauchement populiste mais comment dans un climat pareil peut on avoir une entreprise avec de bonne performance. Dans ma petite entreprise assez rentable, je fais très attention de préserver un climat de travail sain et bien croyez moi ou non, quand on respecte les salariés, les salariés nous respecte et font avancer l’entreprise. On en reparlera en l’an 3000

  • Milena

    Bonjour,

    Il s’agit d’une spécialité de GROUPAMA-GAN et ce, à tous les niveaux de job. Ils exigent dans le recrutement 1 journée d’assessment auprès du célèbre cabinet et les RH ne prennent même pas la peine de vous rappeler ensuite. Il est assez rare de trouver ce type de comportement dans le monde de l’assurance.

    J’ai expérimenté un assessment individuel d’une journée (8h30-19h30) y incluant tous les éléments traditionnels :
    - présentation individuelle et d’une réussite personnelle ou professionnelle (10 minutes)
    - questionnaires psychologiques + entretien avec le psy de l’entité
    - test de la corbeille
    - entretiens avec un comédien filmé (test dit de stress et test de négociation commerciale)
    - 3 cas pratiques

    Cela me semble être une méthode très aléatoire et ne répondant qu’à un certain profil de postes. La méthode d’assessment est basée sur les techniques commerciales/marketing que l’on apprend en école de commerce. Un élève d’HEC qui n’aurait aucune compétence réelle pour le poste requis passerait haut la main le dit assessment. Néanmoins, il ne serait pas objectivement le meilleur candidat pour le poste. Les méthodes d’assessment sont les mêmes quelle que soit la nature du job (finances, grande distribution, énergie,…) pour un poste de cadre dirigeant. Or, les compétences requises pour être un banquier ne sont objectivement pas les mêmes que pour être un directeur commercial dans la grande distribution.
    Les sociétés qui pratiquent l’assessment devraient intégrer ces différences. Malheureusement, elles sont persuadées de vendre « la vérité » sur un individu et refusent d’intégrer ces paramètres qui leur seraient trop difficiles à intégrer en terme de gestion.

    En terme de moyens, il est clair que les consultants qui évaluent l’individu ont des profils assez identiques et déterminés, avec une faible connaissance de l’entreprise et une faible compréhension des métiers qu’ils évaluent. Leur regard est donc assez tronqué et ils doivent remplir leur questionnaire stéréotypé (sorte de grille) pour arriver à une évaluation.
    D’autre part, les exercices proposés ne correspondent pas à ce qu’attendent les évaluateurs : ainsi, on vous dit de vous mettre dans la peau d’un conseiller en m&a, mais les évaluateurs qui ne connaissant pas réellement ce métier se fixent des attentes qui ne correspondent pas à la réalité de ce métier.
    L’entretien avec la psychologue est, à ce titre, éloquent. dans l’entretien face à face, les caractéristiques déterminés sont très positifs. Face au jugement des autres évaluateurs, son rapport écrit, contient en partie les mêmes éléments mais tournés de manière moins positive. Il est par ailleurs éloquent que son rapport contredise en partie les évaluations.
    J’ai été choqué par le rapport qui a été rendu : fautes orthographe mots manquants, contradiction,… bref une sensation de rapport bâclé alors que ces assessments coûtent fort chers et que j’ai eu le bonheur d’être évalué par le cabinet le plus célèbre dans ce domaine
    Aucune contradiction n’est admise et l’entretien dit de « restitution » est là pour vous faire admettre que la société d’assessment a raison et ne peut se tromper…

    Le principal point faible est qu’il peut amener l’entreprise mandante à la recherche d’un candidat à rater des candidatures en adéquation avec leurs besoins pour recruter des candidats qui n’ont pas les compétences requises, ce qui est fort dommageable…

  • furious

    Bonsoir,

    Intéressez vous aux méthodes du groupe Foncia:Recrutement,management,rémunération….vous pouvez en écrire des pages.

  • Taylor

    Objet : candidature pour le poste de commercial assurance
    Madame, Monsieur,
    Sadomasochiste dans l’âme et malléable à souhait, je rêve depuis longtemps de trouver des recruteurs qui sauront m’étriper et m’agresser, me rendre mal à l’aise et envie de vomir par des épreuves débiles et me rabaisser dans ma dignité d’homme.
    J’apprécie qu’on me parle sur un ton paternisant, méprisant et sarcastique, et je serai ravi de le démontrer lors d’entretiens collectifs et individuels plutôt musclés. Ce challenge, excusez moi le mot, m’excite. J’ai hâte de me confronter aux autres candidats dans cette arène de gladiateurs et de les écraser sans ménagement. Pour ensuite avoir le plaisir de me faire à mon tour humilier par les lions puissants du GAN.
    J’aime beaucoup ce suspens que vous distillez, cette petite adrénaline de ne pas savoir sur quel poste je vais tomber. Moi qui adore les surprises, cela sera génial de découvrir ce que vous m’avez réservé.
    L’image du monde de l’entreprise que vous renvoyez donne envie de se lever chaque matin pour aller se battre dans cette belle cage aux fauves. Je ne peux pas concevoir que l’on passe à côté de cette faveur ultime qui est la proposition d’un hypothétique emploi (même en période d’essai), graal de notre société et synonyme d’existence sociale. Que coûtent quelques minutes d’inexistence en tant qu’homme si cela peut faire gagner une existence sociale à vie avec un beau CDI payé 1020€ net, ce qui est largement suffisant pour vivre ? Pourquoi vouloir plus quand on nous offre déjà cette chance fabuleuse de travailler chez GAN et de blaguer devant la machine à café ?
    Par ailleurs, fatigué de penser par moi-même, j’ai hâte de devenir un mouton formaté pour dépenser l’énergie ainsi économisée à réfléchir en vendant des assurances à vos clients.
    Je me tiens à votre disposition pour toute information complémentaire, y compris bien sur, sur ma vie privée.
    Je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées.

  • veronique

    tout simplement odieux… Je pense que l’humanité est un concept qui n’existe pas ! l’homme est un loup pour l’homme et cela le restera

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